Annales des Mines (1904, série 10, volume 6) [Image 34]

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LA FUSION PYRITEUSE

(426° à 588° C), et de le souffler sous une forte pression, par des tuyères nombreuses et de petit diamètre. D'après lui, en réglant la composition des charges demanière à obtenir des scories bisilicatées, on devait réaliser une allure assez chaude pour provoquer la volatilisation d'une grande partie du plomb et du zinc. A Toston, où ses premiers essais avaient été faits, il affirmait avoir obtenu une marche satisfaisante avec des proportions de 75 p. 100 de soufre et25 p. 100 de silice dans les charges : la quantité de minerai traitée par vingt-quatre heures aurait été de 200 tonnes, tandis qu'auparavant elle n'aurait pas dépassé 50 tonnes alors qu'on fondait le minerai dans un four ordinaire de dimensions équivalentes. Ces indications sont d'une valeur discutable ; il est bien probable, d'ailleurs, qu'elles se rapportent non pas au travail avec tube central, qui semble n'avoir jamais étépra tiqué régulièrement, mais bien au chargement en. colonnes parallèles, dans un four à cuve ordinaire. Alors même que l'on ferait abstraction des impossibilités pratiques qui s'opposent à l'emploi du tube central, on doit se demander si le fonctionnement régulier de la fusion pyriteuse est réalisable dans ces conditions. Dans un four à cuve ordinaire, en marche normale, l'ouvrage ne renferme normalement aucune matière solide autre que le combustible. Les fragments de coke ou de charbon de. bois, infusibles aux températures les plus élevées que l'on puisse obtenir par combustion, supportent les charges remplissuit les étalages et la cuve. Les éléments du lit de fusion,, à l'état liquide ou pâteux, ruissellent à travers les vides de cette masse de combustible et ne contribuent en rien à soutenir les charges supérieures. La descente des matières s'effectue, ainsi qu'on le verra plus loin, avec une vitesse proportionnelle au poids de carbone brûlé dans l'ouvrage. Dans le four Lawrence Austin, les phénomènes qui se-

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développeront au niveau des tuyères seront certainement fort différents, en l'absence de tout combustible fixe, coke ou charbon de bois. Ils sont assez difficiles à prévoir a priori; on n'a en effet aucune certitude d'obtenir une descente régulière des deux colonnes parallèles, avec une vitesse concordante et telle que l'on obtienne effectivement, pour les scories, la composition que l'on se propose. Les moindres variations dans l'état des parois latérales du four, dans la nature des charges, dans l'intensité du soufflage, etc., amèneront des inégalités entre les vitesses relatives de descente des éléments pyriteux d'une part, siliceux d'autre part : or rien n'a été prévu pour permettre une régularisation quelconque de ces vitesses. On est même en droit de se demander si la descente s'effectuerait régulièrement. La pyrite de fer, amenée presque froide au niveau des tuyères et soumise brusquement à une température élevée, commencerait probablement par décrépiter pour s'agglomérer ensuite après avoir laissé distiller son soufre volatil ; il tendrait donc à se former dans la région centrale du four un magma compact sur lequel le vent, même très chaud, n'aurait qu'une action superficielle et des plus lentes. La suppression du tube refroidi modifie complètement les conditions de fonctionnement du four. En chargeant les minerais pyriteux au centre et les minerais siliceux près des parois, suivant la deuxième formule de M. Lawrence Austin, on réalise encore, dans une certaine mesure, la descente des deux catégories de minerai en colonnes distinctes, mais d'une manière bien moins régulière. Entre cette formule et la précédente il existe, d'ailleurs, une différence essentielle résultant de ce que le courant gazeux traverse simultanément les deux colonnes solides. Les minerais pyriteux s'échauffent progressivement à mesure qu'ils descendent dans la cuve et perdent par conséquent leur soufre volatil qui vient brûler au gueulard. La