Annales des Mines (1856, série 5, volume 9) [Image 272]

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CONSIDÉRATIONS GÉNF.R ALES

l'eau de mer pour saturer la chaux caustique et lui enlever sa solubilité dans l'eau. Cette influence peut s'exercer pendant la préparation des matériaux, et après l'immersion ; dans les deux cas, et principalement dans le second, le carbonate de chaux, se formant en plus foi te proportion vers la surface, doit agir jusqu'à un certain point comme préservateur. Caractères

exiérieurs.

La densité ou la porosité doivent être constatées attentivement ; ces qualités ou. défauts dépendent de la

composition chimique de la chaux hydraulique ou du ciment employé ; de la proportion de sable qui s'oppose au retrait au moment de la prise ; du mode de préparation du mortier ; des actions chimiques exercées par l'eau de mer et les sels contenus. Sans entrer à fond dans la discussion de ces diverses causes, nous devons dès maintenant en dire quelques mots , qui puissent faire comprendre l' im portance que nous attachons à l'examen extérieur des mortiers, examen qui doit toujours précéder l'analyse. L'expérience démontre que les hydrosilicates , dont la formation détermine la prise, se contractent pendant leur solidification dans des limites très-variables avec leur composition chimique. L'hydrosilicate de chaux paraît avoir une force de contraction moindre que celle de l'hydrosilicate contenant de l'alumine. L'effet produit dans les deux cas en l'absence de sable et de matières inertes est analogue à celui qu'on peut obtenir en serrant avec plus ou moins de force une éponge imprégnée d'eau et de matières solides en suspension. Cet effet s'observe très-bien dans les cuves d' expéri ences , dans lesquelles on immerge les mortiers façonnés en briquettes le volume diminueau moment

de la prise, et une partie de la chaux est expulsée en formant un nuage laiteux autour des briquettes.

SUR LES MATÉRIAUX HYDRAULIQUES.

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La construction est forte pour le ciment de Portland qui renferme silice, alumine et chaux ; elle est trèsfaible pour la chaux du Theil , qui ne contient pas une proportion sensible d'alumine. Au point de pratique, elle peut être très-nuisible ou très-utile dans bien des cas. Elle est nuisible, en ce que le mortier présente des vides assez grands et n'occupe pas entièrement l'espace compris entre les matériaux qu'il doit relier, ou plutôt elle exige des précautions très-minutieuses dans l'emploi, et par suite des ouvriers habiles et une surveillance active. Elle est utile, en ce que les mortiers très-denses ne se laissent pas traverser par l'eau de mer. avantage inappréciable pour un grand nombre de constructions dans les ports.

Au point de vue chimique, la grande contraction présente aussi ses avantages et ses inconvénients : les mortiers n'étant pas perméables, l'action décomposante de l'eau et des sels contenus est nulle ou au moins presque nulle dans l'intérieur des constructions.

D'un autre côté, si le mortier n'est pas homogène, s'il renferme des hydrosilicates différents dont la solidification ne se fasse pas au même instant, la prise de ceux qui sont les plus lents pourra détruire la solidité acquise par les plus rapides. On ne peut éviter cette cause de désagrégation que par de grandes précautions dans l'emploi. Le sable est presque toujours mélangé en très-forte proportion avec les chaux hydrauliques et les ciments ;

en laissant de côté l'action chimique de l'argile qu'il peut contenir, et qui se comporte comme pouzzolane sur la chaux libre, on doit le considérer comme utile à deux points de vue : il constitue ce qu'on peut appeler l'ossature des mortiers, et leur donne de la rigidité; d s'oppose presque entièrement au retrait propre aux